Partager l'article ! Renaissance de la "Tortue" et de la "Terrible" au Petit Montparnasse: ♥♥ A voir Elles sont deux, l'une interprète le rôle d'Alexan ...
♥♥ A voir
Elles sont deux, l'une interprète le rôle d'Alexandra David-Néel (dite la "Terrible") et s'appelle
Hélène Vincent, l'autre joue celui de Marie-Madeleine Peyronnet (dite la "Tortue") et se nomme Emilie Dequenne.
L'aventurière/femme d'expérience côtoie la gouvernante/jeune novice, un duo de femmes fortes pas très original mais qui marche bien, imaginé par Michel Lengliney pour le Petit Montparnasse.
Vous l'aurez compris, l'histoire est vraie, singulière même pour Marie-Madeleine Peyronnet qui, à 29 ans, entre au service d'une femme très âgée (60 ans les séparaient), au fort tempérament,
connue pour ses voyages à l'autre bout du monde, ses récits "aventuresques", son amour du Tibet et de sa langue, ou encore la défense de la cause des femmes, féministe qu'elle était depuis sa
prime jeunesse.
Pendant dix ans, les deux femmes vont apprendre à se connaître, à s'apprivoiser plutôt, car le sort a voulu qu'elles aient des caractères de feu et qu'elles se ressemblent malgré leurs avis
divergents, comme sur la guerre d'Algérie (Alexandra est pour l'autonomie, Marie-Madeleine contre) ou les hommes (Marie-Madeleine est assez romantique alors qu'Alexandra fustige l'image du couple
classique, la femme-ménagère et l'homme-pourvoyeur de revenus). C'est donc un "je t'aime moi non plus" qui se joue sous les yeux des spectateurs pendant 1h30.
Hélène Vincent, actrice un peu méconnue du grand public malgré une filmographie impressionnante, est remarquable car intensément habitée par le personnage. Elle récite des tirades à n'en plus
finir et tressaille, la voix vibrante, le corps hanté par les souvenirs de l'aventurière, et le public la suit, l'encourage même à aller plus loin, à se déchaîner, à inonder la petite scène d'un
flot de pensées profondes, à commémorer une plume et un esprit qui marqua un siècle passé, déjà.
Et Emilie Dequenne me direz-vous ? Elle est là, discrète. Est-ce son personnage ou la comédienne ? Le rôle ne la sublime pas mais elle n'en reste pas moins attachante, charmante même. Elle subit
le jeu de son aînée qui porte la pièce sur ses frêles épaules. Une pièce passionnante pour qui n'a pas lu l'auteur, un peu trop légère pour les connaisseurs et ponctuée d'humours, de répliques
"vaches" et sarcastiques à l'attention de la gouvernante qui ne cache pas sa répartie ni son affection sincère pour une dame difficile à vivre au quotidien. Malgré cela, elle resta dix ans à ses
côtés et voyagea sans partir de la maison de Digne (Alpes-de-Haute-Provence), au travers de ses récits (qu'elle tape sur une machine à écrire) mais plus encore de ses évocations continuelles,
spontanées et mélancoliques, telles des mélopées.
Meurtrie par la vie (elle perdît Aphur Yongden, son fils adoptif et compagnon de voyage en 1955, elle vît les horreurs de
la guerre, la misère...), Alexandra David-Néel le fut encore plus par la vieillesse qu'elle abhorrait, ses jambes qui ne fonctionnaient plus, cette arthrose qui la malmenait, ce corps qui se
refusait à plier sous ses volontés.
Jusqu'au bout, elle fut une aventurière. Jusqu'au bout ce désir d'ailleurs la prit à la gorge et l'étreignit rageusement au point d'en souffrir, petite chose qu'elle était devenue (elle vécut
jusqu'à 101 ans), mais non moins craintive (elle rassure Marie-Madeleine Peyronnet quant à ce dernier périple qu'elle désire faire avec elle, dans une "deudeuche" puisque la position assise est
le seul moyen de soulager ses tourments physiques). A 100 ans passés, elle demanda même le renouvellement de son passeport, n'arrivant pas à se convaincre qu'elle ne se créera plus jamais de
souvenirs extravagants.
Joliment adapté, Alexandra David-Néel - Mon Tibet vous fera passer un agréable moment, empli de poésies, de pensées profondes, de rugissements parfois, caractéristiques d'une
collaboration singulière mais réussie entre une élève et son maître.
Avis aux rêveurs...
Renseignements :
Alexandra David-Néel - Mon Tibet ...
de Michel Lengliney
mise en scène par Didier Long
Avec : Hélène Vincent et Emilie Dequenne
Durée : 1h30
Petit Montparnasse
31, rue de la Gaïté - Paris 14e. Métro Gaïté ou Edgar Quinet
Du mardi au samedi à 21h - dimanche à 15h
Pour aller plus loin :
Le livre de Marie-Madeleine Peyronnet : Dix ans avec Alexandra
David-Néel