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L'un n'est pas encore abouti et est appelé à un succès mitigé dans le Nord-Pas de
Calais, l'autre touche les monuments historiques français et fait polémique. Retour sur une actualité muséale intense.
• Le lancement du musée du Louvre à Lens. Conséquence directe de la politique de décentralisation des musées nationaux
relancée en 2003 par J.J. Aillagon, alors ministre de la Culture, la création du Louvre à Lens (effective fin 2012) est une belle idée sur le papier mais elle n'engendrera
probablement pas les bénéfices escomptés.
Un "autre Louvre" à Lens (rappelons que le célèbre musée a déjà une "annexe" en chantier à Abou Dhabi - Emirats Arabes), cité ouvrière de l'ancien bassin minier et bastion de gauche est
tout un symbole. Lors de l'inauguration le 4 décembre dernier, le jour de la sainte Barbe (patronne des mineurs), d'anciennes "gueules noires" étaient présents autour de
personnalités officielles, émus et heureux de voir un centre d'art bâti sur une friche industrielle de vingt hectares, sur laquelle s'étendait le carreau de la fosse 9 des mines de Lens. Une initiative qui, selon les miniers et les politiques fera
toujours parler du dur labeur des gens de la nuit.
A ce consentement "unanime" s'ajoute d'autres bienfaits cités par les politiques : la création de ce musée serait une manne économique grâce à l'afflux de touristes de France et
d'Europe (Lens est à 2h de Paris ainsi que de la Belgique, des Pays-Bas et de la Grande-Bretagne), elle toucherait un plus large public et rapprochait la culture des habitants et elle
permettrait d'exposer des oeuvres (250 issues du Louvre, racontant l'histoire de l'art universelle) non visibles car entreposées dans les réserves.
Il n'est pas question ici de critiquer le slogan populaire "la culture pour tous" qui est hautement respectable et devrait être le but ultime de tous nos élus, l'émerveillement des enfants
lensois, entre autres, devant de petits bijoux artistiques qu'ils n'ont pas l'habitude de côtoyer n'est-il pas l'essentiel ? Et bien non, malheureusement. La plupart de ces arguments sont
recevables en l'état car l'essentiel n'est pas dit :
1/ Les architectes de ce musée (les japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa) ont placé la
barre très haut, financièrement parlant, à tel point qu'il aura fallu de nombreux appels d'offres pour attirer des entreprises françaises, après réduction de la facture, de l'ordre
de 150 millions d'euros (budget prévisionnel) pour des matériaux modernes dont on connait la faible résistance au temps et aux intempéries. Ainsi, le financement reposera
principalement sur les épaules de la Région Nord-Pas de Calais (59 %) qui aurait peut-être pu utiliser cet argent à des fins plus génératrices d'emploi. L'Europe (la Feder) participera à hauteur de 20 %, le département 6 %,
l'agglomération de Lens-Liévin 6 %, les mécènes (Nexaus, Veolia environnement ...) 5 % et 4% pour l'Etat.
2/ Est-il vraiment certain que ce "Louvre bis" attirera 500.000 visiteurs par an comme annoncé par les autorités ? Le projet du Louvre à Abou Dhabi a tout son sens car situé hors
de France, mais dans un même pays, le visiteur ne préférera-t-il pas voir l'original à la copie, puisque le Louvre se situe justement à 2h de Lens ? Peut-être qu'à son ouverture, les curieux s'y
bousculeront mais quand sera-t-il dans 5, 10 ou 30 ans ?
3/ Qu'adviendra-t-il de la solidarité entre le Louvre et les autres musées français (et dans le monde) ? Sa politique de prêts (pour les expositions
permanentes) sera inévitablement restreinte à ses deux partenaires, ce qui va finalement à l'encontre d'une certaine philosophie dans le milieu de la culture : la diversité et
l'échange d'oeuvres d'art.
A un moment, il est important de redéfinir des priorités, la culture pour tous en est une assurément, mais pas dans un contexte de crise. Si ce musée réussit à faire de l'argent comme peut le
faire la Pinacothèque de Paris sous l'égide du directeur Marc Restellini, alors la création de nouveaux établissements sera applaudie, mais l'éternel quête de ressources des musées français
tend à croire le contraire.
• Le transfert des monuments historiques aux collectivités. Expérimenté en 2005-2006 (suite aux conclusions
du rapport "Etat - collectivités territoriales, un engagement en faveur du patrimoine" sous la direction de René
Rémond), la question du transfert des monuments historiques aux collectivités territoriales est de
nouveau source de débat au Parlement. Pourquoi ? Pour "rouvrir, pérenniser et élargir la possibilité de ce transfert en vue d'en assurer la conservation et la valorisation
culturelle", tel est l'argument officiel . Plus précisément et sans faire dans la langue de bois, l'Etat souhaite se séparer de monuments peu rentables qui pèsent sur son budget et
ainsi donner une chance à ces mêmes monuments d'être restaurés et mieux entretenus (pour rappel, l'Etat possède 100 monuments dits nationaux et est propriétaire de quelques 2000 entités).
Ainsi, fut inscrit au Projet de loi de finances de 2010 l'article 52 sur la cession des monuments historiques.
Adopté en 1ère lecture à l'Assemblée nationale le 17 novembre dernier, il fut ensuite examiné au Sénat du 19 novembre au 8 décembre (puis en commission mixte paritaire le 14 décembre).
Nous devons beaucoup au Sénat (qualifié trop souvent de chambre inutile et trop conservatrice) et à ses résidents, ces derniers nous évitant la plupart du temps, de subir bien des
erreurs de nos gouvernants, mesurant toujours avec grand soin le travail de leurs collègues (faisant partie de la majorité) au Palais Bourbon, toujours prompts à satisfaire le gouvernement.
Ainsi, des amendements1 de Philippe Nachbar et Yann Gaillard, respectivement sénateur UMP de Meurthe-et-Moselle et rapporteur pour avis de la commission de la Culture
et sénateur UMP de l'Aube, ont rééquilibré le projet de loi initial (assez naïf et permissif quant à l'autorité accordée aux préfets de régions sur des questions requérant plus l'avis d'initiés)
et ont encadré strictement la possibilité de transfert, mais laisse cependant en suspend certains points sombres.
Il était évidemment souhaitable de donner à l'Etat un droit de regard (et la possibilité de s'opposer strictement) sur tout projet de cession d'un monument par une collectivité. De ce point de
vue, le second amendement de Philippe Nachbar joue le rôle de garde-fou, mais qu'adviendra-t-il de ces monuments au-delà des vingt ans mentionnés dans ledit amendement ? Qui nous dit qu'une
collectivité territoriale ne vendra pas au meilleur offrant et peut-être au "tiers" le plus risqué, du point de vue de la conservation du monument, l'édifice classé ? Dans une émission
de Public Sénat, Jacques Legendre,sénateur UMP du
Nord et président de la commission de la Culture essaye de nous rassurer en expliquant qu'avant la fin de l'échéance (dans 20 ans), le Parlement rallongera probablement cette période donnant
à nouveau droit de regard à l'Etat sur la gestion des monuments par les collectivités. Si tel est le cas, pourquoi avoir mentionné dans l'amendement un espace de temps défini ? Ne valait-il
pas mieux "brider" de suite et pour un temps indéterminé la gestion des monuments historiques par les collectivités territoriales ? La logique voudrait que l'on s'interroge sur la réelle volonté
du gouvernement : l'Etat souhaite-t-il se délester de ses monuments historiques pour le simple profit ? L'Etat n'a-t-il pas le devoir de protéger des édifices qui font partie intégrante de
l'Histoire de France ? Qui nous assurera que dans un futur proche ou lointain, les Invalides ou le Château de Versailles, par exemple, ne seront pas vendus à "un tiers" pour cause de déficit ?
Est-ce moral de la part de l'Etat de garder uniquement dans son giron les monuments rentables (par exemple le Mont Saint-Michel : 1,2 millions de visiteurs par an) ? Les faibles limites
inscrites aujourd'hui dans le PLF ne seront-elles pas un jour repoussées ?
Ces questions restent ainsi en suspend malgré les modifications apportées par quelques sénateurs à ce projet de loi précipité et aux contours plus que flous.
Gageons que même le ministre de la Culture n'arrivera pas à y répondre, tiraillé entre la défense du patrimoine et les "cordons de la bourse".
Notes de bas de page :
1. Le premier amendement de Philippe Nachbar, adopté le 28 novembre dernier au Sénat porte sur deux points rassurants : le transfert des monuments
historiques est possible après avis du ministre de la Culture et non plus sous l'autorité du préfet de région ; il ne sera pas possible de transférer une partie du bâtiment mais tout l'ensemble.
Ce dernier point est destiné à lutter contre "la vente à la découpe" d'un monument, inscrit au PJL.
Le second amendement met une barrière contre de possibles dérives concernant la vente des monuments à un tiers puisque désormais, toute collectivité locale qui a
obtenu la gestion d'un monument, mais qui souhaiterait par la suite le céder à un tiers, devra, pendant vingt ans, avoir l'accord de l'Etat.
Des amendements proposés par Yann Gaillard, au nom de la Commission des finances, ont permis de clarifier le dispositif et de supprimer la possibilité pour l'Etat de résilier
unilatéralement des conventions dix ans après le transfert.
Pour approfondir / sources :
Sur le musée du Louvre à Lens
♦ Le site officiel du musée du Louvre à Lens
♦ Des informations pratiques sur Wikipedia
♦ La Voix du Nord nous dit...
♦ La Tribune de
l'Art
♦ Le Louvre à Lens pour les nuls...
Sur le transfert des monuments historiques aux collectivités
♦ La Tribune de l'Art
♦ L'article 52 du Projet de loi de finances 2010
♦ Etat - collectivités territoriales, un engagement en faveur du patrimoine : rapport de la
commission présidée par René Rémond - La Documentation française - novembre 2004
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